Espaces et sous-espaces
Définition 1 (Espace vectoriel réel). Un espace vectoriel sur $\R$ est un ensemble dont les éléments, appelés vecteurs, s'additionnent et se multiplient par des scalaires réels. L'addition est associative et commutative, possède un vecteur nul et un opposé pour chaque vecteur. La multiplication par les scalaires vérifie $1u=u$, $(ab)u=a(bu)$, $a(u+v)=au+av$ et $(a+b)u=au+bu$.
Les espaces $\R^n$, les espaces de matrices et l'espace $\R_d[X]$ des polynômes de degré au plus $d$ en sont des exemples. Les scalaires et les vecteurs ont des rôles différents, même lorsque les vecteurs sont eux-mêmes des nombres ou des fonctions.
Proposition 2 (Critère de sous-espace). Une partie $F$ d'un espace vectoriel $E$ est un sous-espace vectoriel si et seulement si $0\in F$ et $$ \forall u,v\in F,\ \forall a,b\in\R,\quad au+bv\in F. $$ L'ensemble $\operatorname{Vect}(u_1,\ldots,u_p)=\{a_1u_1+\cdots+a_pu_p:a_i\in\R\}$ est le sous-espace engendré par les vecteurs $u_i$.
Exemple 3 (Un plan passant par l’origine). L'ensemble $F=\{(x,y,z)\in\R^3:x+y-z=0\}$ contient $0$. Si $u$ et $v$ vérifient l'équation, toute combinaison $au+bv$ la vérifie aussi, car l'expression $x+y-z$ est linéaire. De plus, $$ (x,y,z)\in F\iff z=x+y\iff (x,y,z)=x(1,0,1)+y(0,1,1). $$ Ainsi $F=\operatorname{Vect}((1,0,1),(0,1,1))$. Le plan $x+y-z=1$ ne contient pas $0$ et n'est pas un sous-espace.
Exercice 4 (Un sous-espace de polynômes). Dans $\R_3[X]$, soit $F=\{P:P(0)=P(2)=0\}$. Montrer que $F$ est un sous-espace, puis en donner une base et la dimension.
Indice
Utilise la stabilité des deux égalités par combinaison linéaire, puis factorise un polynôme ayant les racines distinctes $0$ et $2$.
Solution
Le polynôme nul appartient à $F$. Pour $P,Q\in F$ et $a,b\in\R$, $(aP+bQ)(0)=0$ et $(aP+bQ)(2)=0$ : le critère de sous-espace s'applique.
Comme $0$ et $2$ sont deux racines distinctes, $P\in F$ se factorise sous la forme $P=X(X-2)Q$, avec $Q\in\R_1[X]$. En écrivant $Q=a+bX$, on obtient $$ P=aX(X-2)+bX^2(X-2). $$ Les polynômes $P_1=X(X-2)$ et $P_2=X^2(X-2)$ engendrent donc $F$. Si $aP_1+bP_2=0$, le coefficient de $X^3$ donne $b=0$, puis celui de $X^2$ donne $a=0$. Ils sont libres : $(P_1,P_2)$ est une base et $\dim F=2$.
Familles libres, bases et coordonnées
Définition 5 (Liberté et base). Une famille $(u_1,\ldots,u_p)$ est libre si $a_1u_1+\cdots+a_pu_p=0$ entraîne $a_1=\cdots=a_p=0$. Elle est génératrice de $E$ si son espace engendré est $E$. Une base est une famille à la fois libre et génératrice : chaque vecteur possède alors une écriture unique dans cette base.
En dimension finie, toutes les bases ont le même nombre d'éléments : c'est la dimension. Dans un espace de dimension $n$, une famille de $n$ vecteurs est une base dès qu'elle est libre, ou dès qu'elle est génératrice.
Exemple 6 (Matrice des coordonnées d’une base). Dans $\R^2$, $u=(1,1)$ et $v=(1,-1)$ forment une base : $a u+b v=0$ donne $a+b=0$ et $a-b=0$, donc $a=b=0$. Si $x=(r,s)=a u+b v$, alors $$ a=\frac{r+s}{2},\qquad b=\frac{r-s}{2}. $$ La matrice $P=\begin{pmatrix}1&1\\1&-1\end{pmatrix}$ a pour colonnes $u,v$ dans la base canonique. Elle relie les coordonnées par $[x]_{\mathrm{can}}=P[x]_{(u,v)}$, et donc $[x]_{(u,v)}=P^{-1}[x]_{\mathrm{can}}$.
Exercice 7 (Reconnaître une base de R³). Soient $u=(1,1,0)$, $v=(0,1,1)$ et $w=(1,0,1)$. Montrer que $(u,v,w)$ est une base de $\R^3$, puis donner les coordonnées de $a=(2,3,1)$ dans cette base.
Indice
Écris $\alpha u+\beta v+\gamma w=0$ et compare les trois coordonnées. Reprends ensuite le même système avec le second membre $(2,3,1)$.
Solution
La relation $\alpha u+\beta v+\gamma w=0$ donne $$ \alpha+\gamma=0,\qquad \alpha+\beta=0,\qquad \beta+\gamma=0. $$ Les deux premières égalités donnent $\beta=\gamma=-\alpha$. La troisième devient $-2\alpha=0$, donc tous les coefficients sont nuls. La famille est libre et contient trois vecteurs dans $\R^3$, qui est de dimension $3$ : c'est une base.
Pour $a=\alpha u+\beta v+\gamma w$, on résout $\alpha+\gamma=2$, $\alpha+\beta=3$, $\beta+\gamma=1$. En additionnant les deux premières égalités et en retranchant la troisième, on obtient $2\alpha=4$. Ainsi $\alpha=2$, $\beta=1$, $\gamma=0$ et $[a]_{(u,v,w)}=(2,1,0)$. Vérification : $2u+v=(2,3,1)$.
Applications linéaires, noyau et image
Définition 8 (Linéarité, noyau et image). Une application $f:E\to F$ est linéaire si $f(au+bv)=af(u)+bf(v)$ pour tous vecteurs $u,v$ et tous scalaires $a,b$. Son noyau est $\ker f=\{u\in E:f(u)=0\}$ et son image est $\operatorname{Im}f=\{f(u):u\in E\}$. Ce sont des sous-espaces de $E$ et de $F$ respectivement.
La matrice de $f$ dans des bases fixées a pour colonnes les coordonnées des images des vecteurs de la base de départ. L'application est injective si et seulement si $\ker f=\{0\}$ ; elle est surjective si et seulement si $\operatorname{Im}f=F$.
Théorème 9 (Théorème du rang). Si $E$ est de dimension finie et $f:E\to F$ est linéaire, alors $$ \dim E=\dim(\ker f)+\dim(\operatorname{Im}f). $$ Le nombre $\dim(\operatorname{Im}f)$ est le rang de $f$. En particulier, pour un endomorphisme d'un espace de dimension finie, injectivité, surjectivité et bijectivité sont équivalentes.
Exercice 10 (Décrire le noyau et l’image). On définit $f:\R^3\to\R^2$ par $f(x,y,z)=(x+y,y+z)$. Vérifier la linéarité, écrire la matrice dans les bases canoniques, déterminer le noyau et l'image, puis vérifier le théorème du rang.
Indice
Pour le noyau, résous $x+y=0$ et $y+z=0$. Pour l'image, cherche des vecteurs dont les images sont $(1,0)$ et $(0,1)$.
Solution
Chaque coordonnée de $f$ est une combinaison linéaire de $x,y,z$ sans terme constant, donc $f(au+bv)=af(u)+bf(v)$. Comme $f(1,0,0)=(1,0)$, $f(0,1,0)=(1,1)$ et $f(0,0,1)=(0,1)$, sa matrice est $$ M=\begin{pmatrix}1&1&0\\0&1&1\end{pmatrix}. $$ Dans le noyau, $x=-y$ et $z=-y$. En posant $t=-y$, on obtient $(x,y,z)=t(1,-1,1)$. Ainsi $\ker f=\operatorname{Vect}((1,-1,1))$, de dimension $1$.
Les vecteurs $(1,0)$ et $(0,1)$ appartiennent à l'image et engendrent $\R^2$, donc $\operatorname{Im}f=\R^2$ et le rang vaut $2$. On retrouve $3=1+2$. L'application est surjective mais pas injective, puisque son noyau contient un vecteur non nul.
Vérifie ta compréhension. Dans un espace de dimension $3$, que peut-on affirmer d'une famille libre de trois vecteurs ?
- Elle est une base.
- Elle engendre nécessairement un plan.
- Elle peut ne pas être génératrice.
Réponse
Bonne réponse : A.
Une famille libre comportant autant de vecteurs que la dimension est automatiquement génératrice. Elle est donc une base.